Les rites forestiers.

L'esprit des forêts - la forêt de Chaux - les vieux métiers


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Lancelot - image domaine public

 Le parcours initiatique de la Branche Rouge

 En cohérence avec la tradition celtique véhiculée au sein des rites forestiers, l'association l'Esprit des Forêts a retenu l'ordre chevaleresque de la Branche Rouge d'Irlande pour permettre à ses membres qui le désirent de suivre la voie initiatique de la classe guerrière. Cette voie d'élite nécessite un parcours préparatoire conséquent. Aussi l'entrée en chevalerie ne s'adressera qu'aux membres de l'Esprit des Forêts ayant atteint le grade de Nautonier. Les candidats devront en faire la demande expressive au commandeur du Faslairt (Camp en gaélique). Le postulant devra présenter devant une commission ad-hoc de membres de la Branche Rouge, un exposé sur sa vision de la chevalerie initiatique incluant ses motivations. En cas d'avis favorable de la commission, il sera proposé à l'initiation et sera reçu en tant qu'Homme d'Armes. Au bout d"un an de service probatoire, l'Homme d'Armes pourra ambitionner de devenir Ecuyer. Il devra alors se consacrer à l'étude des vertus chevaleresques: prouesse, noblesse et charité ainsi qu'à une initiation à l'héraldique. L'étude de cette dernière devra lui permettre, sous la direction du Roi d'Armes du Faslairt, d'établir son blason, image de l'âme du chevalier qu'il devra présenter en vue de sa cérémonie d'Armement. Il va de soi qu'une connaissance de l'Odyssée de la Branche Rouge ainsi que de la Matière de Bretagne nourriront idéalement l'imaginaire du candidat à l'initiation chevaleresque. Sans attendre, les postulants éventuels peuvent commencer par cette entrée afin de bâtir leur exposé necessaire à leur admission. L'initiation guerrière s'adresse autant aux femmes qu'aux hommes. 

 

 Une chevalerie païenne

La Branche Rouge était chez les Celtes, la voie guerrière, la voie chevaleresque, à côté de la voie sacerdotale des druides et de la voie artisanale des maîtres des métiers. A quoi peut-il servir de faire renaître la Branche Rouge aujourd'hui ? L'actuelle survivance para-maçonnique  nommée "Red Branch of Eri", très présente aux Etats Unis, a pour vocation originelle de proclamer avec nostalgie la gloire de l'ancienne Irlande. Il en est de même de l'Ordre des Clans pour l'Ecosse. Toutefois nous ne sommes pas des Irlandais et même si nous avons des sympathies pour cet autre pays celte, nous ne voyons pas trop l'intérêt de parodier cette noble institution qui convient tout à fait aux Irlandais de souche et de coeur. Nous en retirerons donc principalement l'apport initiatique dans son aspect  transversal, voire universel; le reste n'étant que folklore tout agréable qu'il fut. "L'habit ne fait pas le moine" et il ne suffit pas de se déguiser en druide ou en chevalier pour en recouvrer les vertus. Ce qui caractérise le paganisme c'est qu'il est une religion "du réel", du monde tel qu'il est et non pas tel qu'on nous le raconte. Méditons ce bel aphorisme: "La religion, c'est de croire en l'expérience de quelqu'un d'autre, la spiritualité, c'est de vivre sa propre expérience". Loin de renvoyer le paganisme à de l'animisme, du totémisme, ou du fétichisme, celui-ci  est surtout une spiritualité immédiate, sans intermédiaire, au contact de la nature, de ses lois physiques et biologiques, même si en l'absence de conceptualisation il nomme les forces vitales par des métaphores imaginaires: fées, dragons, animaux, esprits, panthéisme... Le premier travail consiste à se démarquer de l'enculturation de doctrines qui ne sont pas les nôtres. Elles viennent d'Orient, du désert et non de la forêt,  et de plus on introduit entre nous et le monde un "livre", une vision partisane, arbitraire, qui nous soustrait au réel, à ce que nous avons sous les yeux: le monde, la nature, la vie... La première étape consiste donc à retirer le bandeau que nous avons sur les yeux, comme cela est également proposé dans d'autres structures initiatiques. Mais pas pour le remettre immédiatement, ça n'aurait servi à rien, ni à en mettre un autre. La première étape du chevalier, quand il se met en marche, et celle du doute. Parmi tout ce qui m'est proposé est-ce que celà est vrai ? Pouvez-vous être absolument certain que ce soit vrai ? Que se passe-t'il en vous quand vous croyez à cette pensée ? Que seriez-vous sans cette pensée ? Nous sommes tous, nous avons tous été "domestiqués" par des pensées, des croyances qui ne sont que des constructions, des forgeries que l'on plaque sur le monde. Le message est bien  sûr analogue à "l'Allégorie de la Caverne" de Platon. "Tout sujet, (toute personne),  se reconnaît à l'histoire qu'il se raconte à lui-même" constatait également Paul Ricoeur. Le chevalier de la Branche Rouge se doit de déboulonner les idoles comme Don Quichotte pourfendait les moulins à vent (on ne saurait si bien dire) pour revenir au  réel: le monde tel qu'il est, la nature, la vie ... qui sont les vraies valeurs. Le reste n'étant que mensonge. Le combat du chevalier est donc intérieur afin de distinguer ce qui est de ce qui n'est pas. Déjà dans cet article nous mentionons quelques outils utilisés par nos prédécesseurs. Nous y reviendrons en détail dans des articles suivants. Toutefois il apparaît évident que pour devenir un authentique druide du XXIème siècle, si l'on veut autre chose que singer nos ancêtres, il convient d'effectuer ce retour au paganisme. C'était le désir absolu de  John Toland, fondateur du Druid Order et premier Grand Druide, qualifié de "libre-penseur" par l'évêque Berkeley, traducteur de Giordano Bruno et disciple de Spinoza à qui l'on doit le fameux "deus sive natura" "Dieu, c'est la Nature".

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 Chaudron, calice, Graal, ...

"Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" dit l'adage. Nous pouvons suivre dans nos traditions occidentales le fil rouge de la libation. Nous sommes en présence d'un mythème selon le concept de Claude Levy Straus à savoir, un élément répérable et isolable présent dans de nombreux mythes. Cet élément de mythe se traduit sous une pratique rituelle, récurrente elle aussi, qu'on pourra qualifier de "ritème". Ainsi on retrouve le ritème de la "libation", qu'il soit au chaudron, au calice, au Graal, à la coupe d'amertume au sein de plusieurs traditions et pratiques rituelles.Quel en serait le sens véhiculé ? Dans la tradition celtique, le chaudron est un objet mythique. Il fait partie des quatre talismans de la royauté avec la pierre de Fal qui crie le nom des rois, la lance de Lug, l'épée du Nuada et le chaudron du Dagda, tous dieux celtiques.  Le  chaudron magique des dieux est une corne d'abondance qui  peut nourrir matériellement, intellectuellement et spirituellement à satiété. D'un point de vu médical, il est la panacée et peut ressusciter les morts. Le Graal, de tradition celtique également, en dehors du fait qu'il servit à recueillir le sang du Christ au même titre que le chaudron celte recuillant le sang des sacrifices, apporte en abondance nourriture et boisson et a la capacité de guérir, de purifier et de régénérer. Le Graal apparait comme une conjonction entre le chaudron celtique et le calice chrétien. Selon le Franc-Comtois Robert de Boron (des environs de Belfort), auteur du Roman du Graal (vers 1200), qui s'est beaucoup inspiré des Actes de Pilates (encore appelés Evangile de Nicodème), ce serait  Joseph d'Arimathie qui aurait recuilli le sang du Christ dans la coupe de la Cène et qui l'aurait apporté dans l'île de  Bretagne. Ecoutons Régis Blanchet (in La résurgence des rites forestier p.80): "L'eucharistie pour les chrétiens est le sacrement majeur qui les mène vers la vie éternelle. Le calice, réceptacle du sang d'un homme sacrifié, est le lieu de la transsubstantiation qui réalise, ou symbolise suivant les sensibilités, un passage du plan humain vers le plan divin". On prend ici la mesure d'un tel symbole qui cumule le chaudron, le calice de l'eucharistie et le Graal. Boire à la coupe c'est accéder à un vortex, un tourbillon assencionnel, un moyen de communication avec les dieux, un lieu de "passage" vers l'éternité. L'état que procure l'ivresse n'a pas échappé à nos prédécesseurs comme approche de l'état extatique recherché spirituellement. Les grains ou les raisins "mis à mort" et ressucités sous forme spirituelle en alcool en sont une allégorie végétale. On trouvera des mots tels que "spiritueux" ou "eau de vie", ou encore whisky en gaélique. Dans les rites forestiers figure la formule "brûler le mannequin" qui accompagne la libation et qui illustre bien l'abandon du corps vulgaire après l'ingestion du "nectar" sensé nous faire accéder à l'état spirituel. Ne nous méprenons pas, chacun connait les ravages du procédé éxagéré à outrance. N'oublions pas que  chez nos anciens, la libation ne se conçoit pas sans l'invocation des anges ou des dieux. C'est donc un acte hautement spirituel et pas seulement l'occasion de "boire un coup".

 

 

Devenir Chevalier

Selon les fonctions tripartites mises en évidence par Georges Dumézil pour l'ensemble du continent européen, la société traditionnelle s'organisait en trois ordres: les "laboratores" (travailleurs), les "oratores" (ceux qui prient) et les "bellatores" les guerriers.  Chaque caste ou classe détenait et dispensait sa propre voie initiatique afin d'intégrer de nouveaux membres. C'est ainsi que, dans le cadre de notre tradition d'Occident, liée à la forêt, à côté de la caste laborieuse avec ses initiations aux métiers du bois, de la caste sacerdotale puisant son sacerdoce dans le druidisme, le monachisme et le christianimse primitif, existe l'initiation de la classe guerrière, celle des "bellatores". Précisons immédiatement qu'il ne s'agit en aucun cas de constituer et d'entrainer une milice armée en vue de faire le coup de poing pour soutenir une hypothétique cause politique ou religieuse. Comme il est dit par ailleurs et c'est valable ici, "nous ne sommes pas des ouvriers opératifs, mais des spéculatifs". Ces travaux sont destinés à édifier notre caractère en favorisant autant que possible l'émergence et le renforcement des vertus dites chevaleresques, de courage, d'honneur et de courtoisie . Comme le distingue le Coran, il existe deux "djihad" (guerre sainte), le grand et le petit. Le petit "djihad" consiste à faire la guerre aux "infidèles", le grand "djihad" est l'appellation donnée au combat contre ce qui s'oppose à sa propre réalisation spirituelle, c'est à dire  "vaincre ses passions" comme il est dit ailleurs. Il va de soi que seul le "grand djihad" nous intéresse ici. Comme pour toute voie initiatique, chacune a sa spécificité et ne saurait convenir à tout le monde. "De tout boisMercure on ne façonne" écrit Mathurin Régnier dans une satyre de 1733. L'égalité d'accès est un concept moderne qui ne s'accomode pas des antiques traditions. La littérature et le cinéma ont survalorisé le chevalier ce qui ne correspond pas forcément à la vision ancienne. Chaque voie initiatique etait autonome, auto-suffisante et satisfaisait pleinement l'espérance existentielle des membres de chaque classe. S'engager dans la voie chevaleresque, c'est découvrir les moyens proposés par cette voie initiatique et tenter d'en tirer profit pour une réalisation personnelle.

image ci-contre, libre de droit, non modifiée, licence Pixabay

source: pixabay

 

 

 

 

 

 Pour faire le portrait d'un oiseau

Le poème de Jacques Prévert exprime d'une certaine façon comment procéder avec la "Table d'Attente" du futur chevalier;

Peindre d'abord une cage - avec une porte ouverte  - peindre ensuite  - quelque chose de joli - quelque chose de simple  - quelque chose de beau  - quelque chose d'utile  - pour l'oiseau.

Placer ensuite la toile contre un arbre -  dans un jardin  - dans un bois  - ou dans une forêt -  Se cacher derrière l'arbre  - sans rien dire  - sans bouger...

Parfois l'oiseau arrive vite  - mais il peut aussi mettre de longues années  - avant de se décider - Ne pas se décourager attendre  - attendre s'il le faut pendant des années -  la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau -  n'ayant aucun rapport -  avec la réussite du tableau.

Quand l'oiseau arrive -  s'il arrive  - observer le plus profond silence - attendre que l'oiseau entre dans la cage  - et quand il est entré  - fermer doucement la porte avec le pinceau  -  puis  - effacer un à un tous les barreaux  - en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau.

Faire ensuite le portrait de l'arbre  - en choisissant la plus belle de ses branches  - pour l'oiseau  - peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent  - la poussière du soleil  - et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été  - et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter.

Si l'oiseau ne chante pas  - c'est mauvais signe -  signe que le tableau est mauvais  - mais s'il chante c'est bon signe  -  signe  que vous pouvez signer.

Alors vous arrachez tout doucement - une des plumes de l'oiseau  - et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau

 

 

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