Les rites forestiers.

L'esprit des forêts - la forêt de Chaux - les vieux métiers

 La Vouivre dans le nouveau magazine BFC Bourgogne-Franche-Comté n°1 automne 2026

À la tombée du jour, lorsque les brumes montent des étangs, des marais et des rivières du Jura, il n'est pas rare d'entendre les anciens évoquer une silhouette mystérieuse. Une femme d'une beauté saisissante, aux cheveux sombres, traversant les roseaux dans un éclat rougeoyant. Sur son front brille une pierre fabuleuse : le rubis de la Vouivre. En Bourgogne-Franche-Comté, peu de légendes sont aussi profondément enracinées que celle-ci. Les folkloristes comtois la recueillent dès le XIXe siècle, alors qu'elle est déjà transmise depuis des générations dans les campagnes du Jura, du Doubs et de la Haute-Saône. À l'origine, la Vouivre n'est pas une femme mais un être hybride, un serpent ailé ou un dragon portant sur le front une escarboucle, pierre précieuse aux pouvoirs magiques. La tradition raconte qu'à certaines heures, la créature quitte son antre pour se baigner dans une source ou un étang isolé. Avant d'entrer dans l'eau, elle dépose son joyau sur la rive. Alors naît la tentation. Celui qui parviendrait à s'emparer de la pierre deviendrait immensément riche. Mais rares sont ceux qui réussissent à conserver leur butin. Car dès le vol commis, des nuées de serpents surgissent des bois, des haies et des marécages pour poursuivre le voleur. La plupart abandonnent leur prise avant d'être rattrapés. Cette histoire aurait pu demeurer un simple conte rural. Pourtant, un enfant du pays allait lui offrir une renommée nationale. En 1943, l'écrivain Marcel Aymé (né à Joigny), publie La Vouivre, un roman inspiré de cette ancienne croyance franc-comtoise. Il transforme alors le monstre légendaire en une jeune femme libre et sauvage, à la fois fascinante et insaisissable. Sous sa plume, les paysages de Franche-Comté deviennent le théâtre d'une rencontre entre le merveilleux et le quotidien paysan. Plus de deux siècles après les premières collectes de la légende, la Vouivre continue de hanter l'imaginaire régional. Son nom surgit dans les livres, les expositions, les festivals et les récits populaires. Et lorsque le brouillard enveloppe les étangs comtois, certains aiment encore croire qu'au détour d'un roseau se reflète l'éclat rouge d'un joyau impossible. Celui que nul n'a jamais réussi à conserver : le trésor de la Vouivre.