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image création EDF par Ch.R - Animaïon /I\ |
La Lune des neiges, sur le calendrier, était pleine le dimanche 1er février 2026 à 23h09 .Porteuse de révélations et de prises de conscience profondes, elle ouvre un cycle de changements puissants. Mais voilà, l'eau contenue dans le ciel a tiré un rideau bien noir et le poids des nuages a totalement éclipsé la lune...J'ai attendu un bon moment pour faire mon habituelle photo lunaire. Seule la nuit s'est manifestée. Le ciel, lourd et fermé, avait avalé la pleine lune des neiges. Je l’attendais pourtant — blanche, ronde, promesse de renaissance — mais aucune lueur ne perça les nuages. La forêt semblait retenir son souffle. Même le givre paraissait écouter. Alors j’ai compris : ce n’était pas une nuit pour voir, mais une nuit pour rencontrer. En fermant les yeux je me suis avancé jusqu’au cercle ancien, là où la terre est plus chaude qu’ailleurs, là où Imbolc sait encore parler. J’ai planté mon bâton dans la neige, versé l’eau claire, allumé une chandelle - flamme fragile. Et j’ai appelé. Non pas avec des mots appris, mais avec ce qui tremblait en moi. La première à répondre fut Brigid. Elle est venue comme vient l’aube avant l’aube. Une chaleur douce a fendu le froid, et une flamme s’est levée dans ma paume sans me brûler. Brigid avait les yeux du feu qui soigne et la voix des forges intérieures. Elle a souri en voyant la lune absente. - « Quand la lune se cache, druide, c’est pour que tu apprennes à être lumière toi-même." Elle a touché mon front, et j’ai senti les étincelles de tous les commencements : la poésie encore informe, la guérison en gestation, l’élan qui précède l’acte juste. Puis l’eau a parlé. Un murmure a glissé sous la neige, et Séquana est apparue, drapée de bleu profond, suivie du pas silencieux de cygnes invisibles. Là où elle se tenait, la glace s’est ouverte sans bruit, laissant respirer la source.« La lune des neiges se reflète aussi dans ce qui coule en toi », dit-elle en versant de l’eau sur mes mains. Alors j’ai pleuré sans tristesse. Sagona, l'eau sacrée, lavait mes fatigues, mes doutes, mes hivers accumulés. Séquana m’a rappelé que toute renaissance commence par un abandon. Enfin, la forêt a frémi. Les branches ont craqué doucement, non de menace mais de présence. Cernunnos est sorti de l’ombre, couronné de bois, accompagné du souffle chaud des bêtes. Il portait l’odeur de la terre noire et des promesses enfouies. Il n’a pas parlé tout de suite. Il m’a regardé comme on regarde un égal fragile. Puis il a dit : « Imbolc n’est pas la fin de l’hiver. C’est l’accord passé avec la vie pour qu’elle revienne. » Il a posé sa main sur la neige, et j’ai senti sous mes pieds la sève recommencer son lent travail. Nous avons célébré sans lune, mais jamais sans lumière. Brigid tenait le feu. Séquana gardait l’eau. Cernunnos veillait sur la chair du monde. Et moi, Animaïon, j’étais le témoin. Quand l’aube est venue, le ciel s’est enfin ouvert… trop tard pour la lune, mais juste à temps pour comprendre : Même quand les nuages ferment le ciel, Imbolc ne se célèbre pas sous ce qui brille, mais avec ce qui renaît. Il suffit de savoir où regarder. Ch.R - Animaïon /I\
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